NEUROSCIENCES : Méditation, hypnose : quelle efficacité pour la santé ?

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Guérir par la pensée… Promesse sérieuse ou pensée magique ?
Observer les effets physiologiques bien réels de la méditation ou de l'hypnose est une chose. Traduire ces effets en traitement thérapeutique en est une autre. D'autant plus que l'incertitude règne : "Il nous manque un cadre méthodologique et théorique solide pour étudier et valider ces effets physiologiques", reconnaît, à propos de la méditation, le neuroscientifique Antoine Lutz. Une incertitude dont la médecine s'accommode mal. Car qui dit thérapie dit efficacité dûment prouvée suivant des règles d'évaluation strictes, comme c'est le cas lors des essais cliniques. Sachant que les plus exigeants, qui garantissent la meilleure démonstration d'effets ou d'absence d'effets, sont ceux dit "randomisés en double aveugle avec contrôle actif". Le principe ? Les participants sont répartis aléatoirement - "randomisés" - en deux groupes : l'un reçoit le traitement à évaluer, l'autre - le "contrôle actif" - un placebo (par exemple un comprimé sans aucune substance active). Ni les participants ni les médecins chargés d'évaluer la réussite du traitement ne connaissent la vérité - c'est le principe du "double aveugle".

Mais comment mesurer l'efficacité des thérapies des tenants de l'approche corps-esprit ? Difficile d'imaginer à quoi ressemble une "session placebo" de méditation ou d'hypnose… Dans la plupart des essais, l'alternative consiste à remplacer le placebo par un traitement de référence du trouble. Par exemple, la pleine conscience a été comparée à la prise d'antidépresseurs dans le cas de la dépression.

UNE APPROCHE ALTERNATIVE
Résultat ? "Des études de qualité démontrent que ces approches peuvent trouver une place complémentaire dans un parcours de soins bien spécifique", affirme le pédopsychiatre et biostatisticien Bruno Falissard qui, à la demande de l'Inserm, a coordonné en 2014 une expertise scientifique sur plusieurs médecines alternatives.

Mais ces études peinent à trouver grâce aux yeux des tenants de la médecine fondée sur les preuves. La marche semble encore haute, d'autant plus que les essais sont coûteux et difficiles à faire financer pour des thérapies non adossées à des laboratoires pharmaceutiques. Selon la néphrologue Corinne Isnard Bagnis, qui teste depuis 2012, à la Pitié- Salpêtrière (Paris), des approches basées sur la pleine conscience, "il faut développer des essais qualitatifs afin de mieux décrire le vécu des patients et prendre en compte l'amélioration globale de leur qualité de vie." Une démarche où l'état psychologique compte autant que l'état physiologique, et qui pourrait s'imposer à terme dans les protocoles d'évaluation des médicaments. Une chose est sûre : le lien entre le corps et l'esprit n'a pas fini d'interroger les cliniciens.
Méditation, hypnose : quelle efficacité pour la santé ?

1.Addictions
Méditation
Une aide contre l'addiction au tabac, à l'alcool, aux opiacés
Le programme More, basé sur la pleine conscience et la thérapie cognitive, vise à combattre la dépendance à l'alcool, au tabac, aux opiacés ou à la cocaïne. Ses effets ont été évalués par des dizaines d'études cliniques. Bien que ces évaluations souffrent d'un faible échantillonnage ou d'un manque d'adhérence aux bonnes pratiques des essais cliniques, elles convergent vers la même conclusion : au bout de 3 à 12 mois, l'abstinence est au rendez-vous, dans des proportions comparables aux traitements de référence. La raison ? La réduction du stress et un détachement accru des pensées obsessionnelles relativiseraient l'urgence d'un soulagement, réduisant l'envie de "replonger".
Hypnose
Pas de miracle contre le tabac !
Un rapport de l'Inserm de 2015 conclut que pour le taux de sevrage à 6 mois, l'hypnose n'est ni moins ni plus efficace qu'une autre intervention thérapeutique.

Le succès des séances d'hypnose semble dépendre de la motivation de chaque participant, qui fluctue dans le temps de sevrage, pointe une publication de 2016. En complément d'une thérapie personnalisée, l'hypnose pourrait se révéler efficace par sa capacité à couper le patient de l'extérieur et le recentrer sur ses besoins corporels.

2.Troubles du sommeil
Méditation
Efficace contre l'insomnie chronique
Chez ceux qui souffrent d'insomnie chronique, plusieurs études ont montré que pour la combattre, la pleine conscience se révèle tout aussi efficace qu'une thérapie cognitive - le traitement de référence. Après quelques semaines, les participants montrent une nette réduction des périodes éveillées et une meilleure qualité de sommeil. Et ce, pour des personnes en bonne santé comme pour celles souffrant de maladies chroniques. Cet effet reposerait sur l'hypothèse que la pleine conscience, en facilitant la "déconnexion", contrerait rumination et sur-éveil cognitif, tous deux très liés à ce trouble entêtant du sommeil. Les cliniciens invitent à reproduire plus largement ces études et s'interrogent sur le "bon dosage" à recommander en fonction de chaque patient.
Hypnose

Des preuves fragiles sur l'amélioration de la qualité du sommeil

Malgré les promesses des experts, les recherches menées à ce jour n'offrent pas de conclusions solides quant au potentiel de l'hypnose sur les troubles du sommeil.

Si, dans une étude datée de 2006 sur 71 enfants souffrant d'insomnie, elle a permis de réduire le temps d'endormissement de 90 % d'entre eux et supprimé les réveils nocturnes chez 50 % des 21 qui en souffraient, l'hypnose n'a été comparée à aucune autre thérapie et pourrait donc ne pas être plus efficace qu'une simple écoute.

Notons tout de même que, dans le cas de l'hypnothérapie appliquée aux bouffées de chaleur des femmes récemment ménopausées, l'un des effets secondaires était bien une nette amélioration de la qualité du sommeil.

3.Douleur
Méditation
Des résultats encourageants sur les douleurs chroniques
Migraines, maux de ventre, douleurs articulaires… La pleine conscience est envisagée comme analgésique alternatif ou complémentaire. Mais seule une poignée des évaluations se conforment a minima aux canons des essais cliniques (randomisation, taille des échantillons, contrôles actifs, etc.), si bien que les cliniciens invitent à ne pas tirer de conclusion hâtive.

Seule certitude : les résultats, encourageants, méritent d'être évalués avec plus de rigueur. La méditation, notamment dans le cadre du programme MBSR, permettrait de découpler la douleur ressentie de la souffrance vécue en "décrispant" l'attention des zones douloureuses. Des éléments neuro physiologiques semblent en effet l'attester (voir p. 73) ainsi que des dizaines d'études médicales.
Hypnose
Une efficacité solide contre les douleurs aiguës
En complément d'une anesthésie locale, l'hypnose est utilisée depuis les années 1990 pour les interventions médicales non profondes, comme les opérations de la thyroïde et même certains cas de chirurgie du cerveau. Par exemple, testée en 2004 sur 91 patients subissant une chirurgie dentaire, au cours de laquelle des antidouleurs pouvaient leur être administrés en plus selon leurs réponses aux stimuli douloureux, les hypnotisés ont consommé 25 % d'antalgiques de moins que le groupe contrôle, et ont jugé la douleur post opératoire 35 % plus faible.

Cette méthode permettrait de réduire les effets secondaires de l'anesthésie. C'est l'activité réduite sous hypnose du cortex cingulaire antérieur, structure spécialisée dans la perception émotive de la douleur, qui serait responsable de cet effet analgésique.

4.Dépression
Méditation
Elle serait utile pour prévenir la rechute
C'est l'application clinique la plus sérieusement étudiée. Le programme thérapeutique de réduction du stress par la pleine conscience (MBSR) et sa variante, le MBCT (qui inclut au parcours de la MBSR des éléments de thérapie cognitive) ont toutes deux montré une efficacité réelle pour prévenir une rechute de la dépression : jusqu'à 50 % de récidive en moins chez des personnes ayant déjà replongé trois fois. Il semble que plus les symptômes résiduels de la dépression sont forts, plus la pleine conscience aide à prévenir la rechute. Le suivi du MBCT serait même aussi efficace que la poursuite d'un traitement préventif après rémission, selon une étude publiée en 2015 . Le changement de perception des pensées négatives et la prise de conscience des processus émotionnels en lien avec les modifications des activités cérébrales (voir p. 69) feraient obstacle, dans les périodes d'humeur basse, à la rumination et aux jugements négatifs délétères.
Hypnose
Elle pourrait limiter le phénomène de rumination
Peu d'études se sont focalisées sur le traitement de la dépression par l'hypnose, mais cette dernière semble bien pouvoir en diminuer certains symptômes, comme la rumination. Six sessions hebdomadaires se sont par exemple révélées plus efficaces qu'une simple écoute et ont permis de faire passer une dizaine d'individus d'un état dépressif "moyen" à "léger", selon une étude mexicaine. En revanche, l'hypnose semble inefficace dans la prévention de la dépression post-partum, et son impact sur les cas de rechute, très fréquente dans la dépression, n'a pas été assez étudié, pointent les experts.

5.Vieillissement
Méditation
La possibilité d'une cure de jouvence ?

C'est ce que laissent à penser les effets physiologiques à l'échelle cellulaire (voir p. 73). Cet effet protecteur contre le vieillissement serait lié, notamment, à une meilleure régulation du stress et de ses effets secondaires comme l'inflammation. Mais les scientifiques eux-mêmes soulignent à quel point ces résultats sont encore fragiles, car ils sont basés en grande partie sur l'observation de populations très particulières, à savoir des personnes qui sont des "experts de la méditation" ayant à leur actif souvent plus de 10 000 heures de pratique. De nombreux facteurs en lien avec d'autres aspects de leur mode de vie pourraient aussi expliquer tout ou partie de ces effets. Tout cela reste donc à prouver, notamment à l'aide d'études dites longitudinales, c'est-à-dire suivant sur le long terme l'entrée en pleine conscience de personnes novices. Ce type de suivi est d'ailleurs envisagé afin de confirmer l'effet protecteur récemment découvert sur le cerveau.

Avec l'âge, certaines zones cérébrales subissent en effet de plein fouet un inévitable rétrécissement.
La méditation protégerait certaines de ces régions, comme l'insula et le cortex cingulaire antérieur et postérieur, connus aussi pour être le siège de pathologies neurodégénératives telles que la maladie d'Alzheimer. De là à faire de la pratique régulière de la méditation un traitement préventif contre ces maladies, beaucoup de chemin reste à faire. Pas sûr d'ailleurs que tout le monde puisse s'astreindre à une vie entière de pleine conscience…
Hypnose
Il n'existe pas de données disponibles sur cette application

6.Troubles sexuels
Méditation
À l'étude, mais rien de très probant
Panne de désir, absence d'orgasme ou problème d'érection…
À côté des fameuses "pilules bleues" ou des thérapies cognitives et comportementales de couple -pas toujours concluantes, quelle place pour la méditation ? De premières évaluations ont été conduites dans les années 2000.
Mais la faiblesse des études ne permet pas de conclure. D'autant plus que les mécanismes via lesquels la pleine conscience pourrait agir restent théoriques, et surtout d'ordre psychologique.

Hypnose
Une vraie efficacité seulement contre les troubles érectiles
Dans le cas des troubles érectiles sans cause organique, l'hypnothérapie semble avoir une réelle efficacité par rapport aux traitements chimiques (testostérone ou trazodone) ou alternatifs (acupuncture).

Mais pour les autres troubles sexuels comme l'éjaculation précoce ou le vaginisme, les études se limitent à l'observation de cas et n'offrent pas de résultats solides. Le potentiel relaxant de l'hypnothérapie sur l'anxiété pourrait certes se répercuter sur la sexualité, mais ses promesses sont aujourd'hui plus fortes que ses résultats.

7.Troubles anxieux
Méditation
Des effets prometteurs en lien avec la thérapie cognitive
Pour surmonter les phases aiguës d'angoisse, la thérapie cognitive et comportementale est aussi efficace que les traitements médicamenteux comme les antidépresseurs. La méditation de pleine conscience, censée faciliter la régulation des émotions, a été envisagée pour traiter ces troubles. De concert avec des éléments de thérapie cognitive, une cure de pleine conscience produirait les mêmes effets que les traitements de référence. C'est ce que confirme une méta-analyse publiée début 2018, même si les chercheurs se gardent de toute conclusion définitive.
Hypnose
Efficacité prouvée dans certains cas
Sur la réduction de l'anxiété liée aux gestes chirurgicaux simples, du soin dentaire à la biopsie, ou celle associée à une maladie chronique, les études sont quasi unanimes quant à l'efficacité de l'hypnothérapie. Celle-ci surpasserait même l'écoute empathique. C'est la réduction de l'activité du cortex cingulaire antérieur, favorisant la création d'une "bulle" et le détachement face à la douleur, qui pourrait être à l'origine de cet effet relaxant. Cependant, les résultats actuels n'ont pas permis de déterminer une efficacité avérée de l'hypnose dans le traitement de l'anxiété lorsque celle-ci est chronique ou phobique.

8.Maladies inflammatoires
Méditation
Des pistes, mais pas de preuve
Pour soulager l'arthrite rhumatoïde ou l'eczéma, les malades se tournent souvent vers la méditation. Or, aucune preuve n'existe que la pleine conscience, ou d'autres types de méditation, apporte un bénéfice réel. Quelques observations scientifiques, en lien avec la réduction du stress par la méditation, ouvrent toutefois des pistes intéressantes. Il est en effet établi qu'un stress chronique peut déclencher une réponse inflammatoire tous azimuts, les mécanismes physiologiques étant intimement liés. Plusieurs études expérimentales ont observé une réduction des marqueurs moléculaires de l'inflammation chez des personnes ayant suivi le programme de réduction du stress par la pleine conscience (MBSR). Mais côté clinique, l'évaluation de ce programme sur le psoriasis (une maladie inflammatoire de la peau) a donné des résultats mitigés. Il est donc trop tôt pour statuer.

Hypnose
Efficace sur les maladies inflammatoires de l'intestin
Dans le cas des maladies inflammatoires chroniques de l'intestin, l'effet de l'hypnothérapie serait même visible au stade moléculaire ! Par exemple, utilisée sur 17 patients atteints de rectocolite hémorragique, une seule séance d'hypnothérapie de 50 minutes aurait suffi à réduire leur taux d'interleukines 6, une des molécules de l'inflammation, de 53 % en moyenne. Si ces résultats doivent être confirmés par des études plus robustes, les chercheurs estiment que c'est en stimulant le nerf vague, au potentiel anti-inflammatoire, que l'hypnothérapie produirait cet étonnant effet.

Y a-t-il des effets indésirables ?
Modifier son état de conscience n'est pas toujours synonyme de "zénitude". Maux de tête, somnolence, anxiété voire création de faux souvenirs… Autant d'effets secondaires recensés par le personnel médical de la Mayo Clinic (États-Unis) proposant à leurs patients des séances d'hypnothérapie. Il en va de même pour la méditation, dont la pratique régulière peut conduire à traverser des expériences inconfortables (voir p. 71). "À ce jour, seulement 25 % des études cliniques sur la méditation prennent en compte de possibles effets secondaires", regrettent les auteurs d'une évaluation critique de la recherche en science contemplative publiée récemment dans la revue Perspective in Psychological Sciences.

Est-ce que cela marche sur tout le monde ?
Pas sûr, c'est d'ailleurs l'une des questions qui taraude le plus les scientifiques. Première question ouverte : comment chacun d'entre nous perçoit et exécute les recommandations de l'instructeur ? "C'est l'une des problématiques auxquelles je souhaite m 'atteler durant ces prochaines années", confirme le neuroscientifique Yi-Yuan Tang, spécialiste de la méditation de pleine conscience.

Pour l'hypnose, "la suggestibilité varie selon les personnes, explique Jean-Marc Benhaiem.
En moyenne, 15 % des gens sont hautement sensibles, 15 % peu sensibles et 70 % moyennement." Sans que l'on connaisse les fondements précis de ces différentes sensibilités.

À quelle dose ?
Difficile de savoir : "C'est l'une des autres grandes questions ouvertes pour la méditation" , reconnaît le chercheur Antoine Lutz. Certes, les programmes thérapeutiques basés sur la pleine conscience adoptent un découpage précis des sessions de groupe et individuelles durant les 8 semaines de stage. Mais après ? À quelle "dose" périodique les personnes ont-elles intérêt à poursuivre l'expérience ? À ce jour, il est impossible de fournir des recommandations précises sur ces points.

Comme pour toute expérience subjective, chacun est invité à faire selon son ressenti. Les mêmes questions se posent pour l'hypnothérapie : bien qu'une séance suffise à réduire la douleur lors d'une opération, il n'y a pas de règle précise dans le cas des traitements contre l'addiction ou l'anxiété chronique.

Quid des applications en ligne ?
C'est un marché en pleine expansion. Aux États-Unis par exemple, les applications numériques combinées à la vente de DVD et aux cours dédiés à la méditation, généreraient un chiffre d'affaires annuel de 1 milliard de dollars. La seule société DreaminzZz a enregistré 200 000 € sur les 4 premiers mois de vente de son masque d'auto-hypnose, promettant tous les bénéfices clamés de l'hypnothérapie : de l'amélioration de la créativité à la réduction des addictions. Face à cet engouement, que disent les sciences contemplatives ? Très peu d'études évaluent la qualité de ces coachings numériques.

"Tous ces VRP du bien-être posent un vrai problème, regrette la néphrologue Corinne Isnard Bagnis. En laissant croire que ces pratiques guérissent tout et n'importe quoi, ils risquent de diluer leur potentielle valeur médicale. "

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Les informations publiées par NEUROSCIENCES ne se substituent en aucun cas à la relation entre le patient et son médecin traitant.